Et si l’Afrique avait marabouté la France ? Depuis les indépendances des années 1960, l’ancienne métropole se croit toute-puissante dans son pré carré africain. Un leurre qui plaît aux pays des masques : le chef doit être invisible ! À l’issue de la guerre froide, les dirigeants africains ont totalement inversé les rapports de dépendance. Ce sont désormais eux les vrais patrons. Le monde entier trépigne dans leur salle d’attente. Pour la France, fini le temps du pétrole et de l’uranium à des prix « politiques », des marchés protégés pour une poignée d’entrepreneurs qui figurent dans le « top 50 » des grandes fortunes de l’Hexagone. Les interventions militaro-humanitaires, comme au Mali ou en Centrafrique, et les déclarations d’amitié de l’Élysée n’y changent rien. Habiles à se présenter en « victimes » de la Françafrique, les dirigeants africains profitent de cette nouvelle situation pour imposer à huis clos leurs exigences à leurs interlocuteurs officiels. Et ce n’est pas sans condescendance qu’ils traitent leurs anciens parrains tricolores. L’Ivoirien Alassane Ouattara, le Congolais Denis Sassou Nguesso, le Nigérien...
Lorsqu'il est arrivé en 1982 à la tête du Cameroun, pays riche en ressources naturelles et humaines, Paul Biya représentait pour ses concitoyens l'espoir d'une ère nouvelle, après 22 ans d'un régime extrêmement autoritaire. Le jeune président parlait de " Renouveau ", promettait la démocratie et la moralisation de l'économie, gangrenée par la corruption. Près de 30 ans plus tard, Paul Biya, 78 ans, occupe toujours le fauteuil présidentiel. Au moyen de campagnes de presse internationales, son gouvernement vante régulièrement la stabilité politique du Cameroun : contrairement à la plupart des Etats qui l'entourent, il n'a pas connu de coup de force au cours des dernières décennies. Mais de nombreux indices contredisent cette idée d'un pays sans histoires. Les plus flagrants sont ceux de 2008 : des centaines de jeunes ont manifesté pendant plusieurs jours contre la vie chère et un projet de modification de la Constitution donnant la possibilité à Paul Biya de briguer un nouveau mandat fin 2011. Cette situation quasi-insurrectionnelle a causé la mort de plusieurs dizaines de personnes, tuées par les forces de sécurité. Malgré ces évènements, la...
Pas de société sans rites, mais dans la nôtre ils sont souvent déchus, sclérosés, folklorisés. Pourtant, là aussi se cache sans doute une réserve de sens. Pour le comprendre il faudrait une pluralité d'approches. Celles retenues dans ce volume, fruit d'une session théologique tenue en mars 1995 à l'École des sciences philosophiques et religieuses des Facultés universitaires Saint-Louis, peuvent y introduire. L'anthropologue voit surgir ce que le rite opère : tisser ou restaurer des liens vitaux. L'exégète mesure la différence des rituels chrétiens, dont la référence inclut essentiellement la mémoire de l'événement libérateur. Le sociologue montre la persistance du champ rituel dans la religiosité dite populaire et le bricolage des « liturgies séculières ». Le théologien souligne la tension entre l'extériorité des rites et la responsabilité personnelle. L'indicatif de l'action rituelle tend vers l'impératif de l'éthique.
La lutte contre la corruption est aujourd'hui devenue le leitmoitiv de toutes les politiques menées en Afrique au nom du développement. Echouant très souvent à atteindre leurs objectifs, ces politiques anticorruption sont rarement étudiées en profondeur. Olivier Vallée en offre ici une analyse novatrice et radicale, fondée sur une connaissance intime des rouages de l'économie politique du continent. Ce livre propose une ambitieuse théorie critique des politiques internationales et locales de lutte contre la corruption, mais aussi une herméneutique des discours moraux et normatifs qui les accompagnent. A partir de l'analyse comparée des deux pays stigmatisés par Transparency International, le Cameroun et le Nigeria, il retrace la floraison de discours, d'enquêtes, de lois et d'organes de contrôle qui tentent d'endiguer la corruption africaine. Il raconte aussi les retournements et la réversibilité de ces processus d'endiguement.
" Le présent ouvrage soulève un certain nombre de problèmes Pour lesquels il n'existe toujours pas de réponses. Les uns sont courants dans le domaine de l'épopée orale africaine, où les informateurs traditionnels sont réticents du fait de l'ésotérisme et de la gérontocratie qui caractérisent l'acquisition du savoir dans les sociétés archaïques. Les autres sont liés au problème des mythes religieux et magiques qui nécessitent des enquêtes plus longues et relèvent de l'initiation à laquelle le chercheur n'a pas encore eu accès. Une troisième catégorie incombe à la déperdition qui s'opère suite au contact prolongé avec la culture occidentale. " (extrait de la présentation de Lilyan Kesteloot)
Les Camerounais, dans leurs cultures traditionnelles, estimaient que la transaction efface l'infraction plutôt que le châtiment. Malheureusement, le système de sanction colonial hérité par les Camerounais privilégie plutôt la rétribution, imposant la rupture avec la conception traditionnelle de répression et de la peine. Il est donc primordial de déplacer la problématique de la réforme du système pénitentiaire camerounais sur un terrain autre que celui de la simple amélioration des conditions de détention.
Depuis l’année académique 2009-2010, École Normale Supérieure de l’Université de Maroua met à la disposition des départements un fonds d’appui à la recherche destiné à encourager et à soutenir les efforts de chercheurs de toutes les disciplines. Les contributions qui paraissent dans ce premier numéro des Cahiers du DELFLEF sont des analyses littéraires, linguistiques, culturelles ou plus spécifiquement didactiques qui aideront nos étudiants et autres chercheurs à mieux appréhender la notion d’hybridation et les phénomènes qui lui sont connexes dans le contexte camerounais. Les Cahiers se proposent d’être la vitrine de la vie scientifique du département de langue française et littératures d’expression française.
Cet ouvrage est une réédition numérique d’un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d’origine.
Durant sa longue carrière, Jean-Louis Triaud a creusé plusieurs sillons centrés sur la connaissance des sociétés musulmanes en Afrique de l'Ouest et au-delà. Il a encadré de nombreux étudiants dans leurs travaux de maîtrise et de thèse. Cet ouvrage reflète les domaines couverts et développés dans ce cadre universitaire : modalités d'expansion de l'islam, manifestations culturelles et religieuses, personnalités marquantes... Ils forment le coeur de ce livre publié en sa compagnie. La continuité des thèmes qui ont alimenté cette réflexion a donné la possibilité à plusieurs de ses collègues, élèves et amis de réunir leurs contributions pour souligner le sens que la progression dans ces thématiques a eu pour leur parcours intellectuel respectif. Collaborent particulièrement à cet ouvrage plusieurs enseignants-chercheurs d'universités africaines qui ont maintenu fidèlement le lien avec leur directeur de recherche. À travers les études des "lieux", des "objets" (tels le livre, la langue, la lettre) et des "figures" de l'islam, les auteurs offrent de nouvelles interprétations des espaces musulmans dans le Sahara et dans le Sahel, traversés par les flux ...
Sous l'aspect d'un immense pamphlet, cet ouvrage dénonce, en filigrane, le caractère ésotérique du régime en place au Cameroun, et le langage stéréotypé de son chef. Alternant récits et analyses, l'oeuvre décrit, sous la forme d'une confession, les stratagèmes d'accession et de confiscation du pouvoir au Cameroun, dont les similitudes avec le cas du Nigéria semblent définir les causes de la menace islamiste au Cameroun.
The masks, headdresses, pipes, statues and thrones selected by Bernard Dulon and presented in this sumptuous volume bear witness to Cameroon's remarkable diversity, to the exuberance of its cultural life, and to the extraordinary wealth and variety of its traditional arts.
Au cours des deux dernières décennies, la question de l’orientation sexuelle et des identités de genre est devenue un sujet de débat public dans de nombreux pays africains. En lien avec la montée des violences anti-homosexuelles dans les années 2000, la recherche en sciences sociales s’est attelée à montrer que l’Afrique, soudainement homophobe, fut pendant longtemps un lieu de tolérance pour la diversité sexuelle, à condition qu’elle reste confinée dans l’espace privé. Dans ce contexte, sur la base d’une double enquête ethnographique au Cameroun et en France, Patrick Awondo analyse l’émergence de l’homosexualité comme sujet politique et son expression dans les parcours des « migrants sexuels » africains en France. Cet ouvrage propose ainsi un traitement ethnographique inédit de la naissance d’un militantisme homosexuel en Afrique sub-saharienne postcoloniale et de la construction de l’homosexualité comme question publique dans un contexte plus général d’« ensauvagement » de la société africaine.
Des Pahouin victimes de l'indigénat à l'intérieur du Cameroun s'établissent dans la région côtière dans les années trente. Leur descendant, Afiri Nnam Michel, après un parcours académique remarquable, choisit le métier des armes. Il s'y heurte aux ambitions d'un ordre ésotérique d'envergure internationale qui s'est érigé en religion d'Etat dans le but de confisquer à jamais la gestion du pays...
Cet ouvrage veut montrer que le mariage est une réalité qui touche Dieu et l'Homme. En effet, comme phénomène social, le pacte nuptial est inhérent à tous les peuples. Autant il n'y a jamais eu de peuple sans religion, autant on ne peut parler de société humaine sans faire référence au mariage. Nous pouvons même affirmer que les deux vont de pair, en ce sens que chaque peuple se construit une anthropologie selon la vision qu'il a du monde et de l'être suprême. L'univers culturel et religieux d'un groupe social joue donc un rôle important pour l'édification de sa civilisation. Mais l'Afrique au contact de l'occident par la voie de l'évangélisation et de la colonisation se verra imposer deux autres formes de célébrations matrimoniales : le mariage civil et le mariage sacrement qui se pratiquent de façon parallèle. Mais ne pourrait-on pas concevoir un rite matrimonial qui tienne compte des trois dimensions : anthropologique, civile et sacramentelle ? Telle est la problématique de cette recherche.
120 Français, hommes et femmes, adeptes du cheveu crépu, des tresses et autres dreadlocks, sont photographiés dans leur quartier favori. Professeurs, banquiers, commerçants, journalistes, artistes, collégiens, ministres, fonctionnaires, ils appartiennent à la classe moyenne. Leur point commun : une peau foncée et des cheveux portés naturels, bouclés, frisés, crépus, coiffés ou en afro. Dans le sillage du mouvement Nappy (Natural and Happy) en vogue aux Etats-Unis, les Afropéens revendiquent d'être bien dans leur peau et dans leur vie, sans plus travestir leur nature profonde.
Cet essai s'appuie sur des faits biographiques, historiques et politiques que tout observateur de la scène reconnaît parce qu'il les connaît : l'enfance au village ; le parcours scolaire à Nden, Edéa, Yaoundé et Paris ; la carrière du grand commis de l'Etat au service de l'intérêt général jusqu'à son accession au sommet de la responsabilité républicaine. Tel est le cheminement politique de Paul Biya depuis le 6 novembre 1982.
Jaillissant, à la surprise générale, de la succession d'Ahmadou Ahidjo, le président Paul Biya a bravé un parcours de turbulences que peu d'acteurs politiques contemporains peuvent s'autoriser : retournement spectaculaire de la parole de son prédécesseur, deux tentatives de coup d'Etat, une crise économique féroce, la désobéissance civile, la violence de la rue, une opposition insurrectionnelle appelant à la guerre civile armée, les trahisons des fidèles, les annonces de décès, le tir groupé de la presse depuis une quinzaine d'années, les manœuvres des partisans et des adversaires qui parfois deviennent des ennemis. Depuis 1982, Paul Biya a traversé ces épreuves à la surprise générale, confondant les sceptiques et renaissant, comme l'animal de la légende, chaque jour du néant où certains l'avaient trop vite barricadé. L'essai de Michel Roger Emvana, même s'il aborde la question par des voies peu orthodoxes dans ce genre d'opération, s'appuie sur des faits biographiques, historiques et politiques que tout observateur de la scène reconnaît parce qu'il les connaît : l'enfance au village ; le parcours scolaire à Nden, Edéa, Yaoundé, Paris ; la...